Peut-on imposer des restrictions sanitaires strictes à des populations économiquement fragiles ?

Dans cette période perturbée par la crise sanitaire mondiale, tous les Etats du monde ont du prendre des décisions exceptionnelles et des mesures drastiques pour lutter contre cette pandémie.

Au Mali, les premiers cas étaient attendus avec inquiétude parfois même avec anxiété. Pendant plusieurs semaines, on a voulu croire à une « exception malienne » qui a été écartée par les premiers cas confirmés… Covid 19 n’épargnera donc aucune nation, c’est un défi pour l’humanité, nos systèmes, nos sociétés et nos communautés.

Des mesures de prévention allant « crescendo » ont été adoptées jusqu’au récent couvre-feu sur l’ensemble du territoire. En réaction, beaucoup de voix s’élèvent pour contester ces mesures jugées trop laxistes par rapport à la gravité de la situation. On réclame entre autre le confinement total comme en France ou ailleurs dans le monde.

Il est vrai que le confinement total est certainement l’une des mesures les plus efficace pour empêcher la propation du virus. Néanmoins, il nous faut replacer cette crise sanitaire (hautement préoccupante) dans son contexte.

Avec une population économiquement fragile, vivant de revenus quotidiens limités, avec souvent une seule source de revenu pour le foyer entier, peut-on exiger un confinement total strict sans paupériser les plus précaires et les fragiliser davantage ? Je dis « fragiliser », « paupériser » qui ne sont que des euphémismes car en réalité , cette mesure si elle était strictement appliquée dans les conditions actuelles pourrait voir s’effondrer et affamer des milliers de familles.

Que dire au conducteur de katakatani/sotrama, à la vendeuse ambulante, au chauffeur de taxi, au pousseur de brouettes, à la vendeuse de fourou-fourou ect… dont les activités journalières conditionnent leur lendemain ?

Le dilemme socio-économique

La véritable question est avant tout de réfléchir aux mécanismes de solidarité sociale que le Mali peut mettre en place pour protéger les plus fragiles d’entre nous et leur permettre de se protéger comme il se doit. Pour cette crise mais également pour toutes celles à venir afin que risquer sa santé ou garantir sa subsistance ne soit plus un dilemme qui s’impose.

Une caisse de solidarité pour les foyers les plus fragiles ? Une assurance volontaire pour les petits entrepreneurs et auto-entrepreneurs ? Un fond social d’urgence pour les crises sanitaires, catastrophes naturelles ect ?

En attendant, les théories économiques disent que les individus font des choix rationnels, n’est-ce pas ?

L’équation sera donc très simple pour cette immense catégorie de la population :  probabilité d’être affecté par Covid 19 VS probabilité de ne rien avoir à manger à J+5 d’un confinement total ?

Je vous laisse deviner le résultat.

Entrepreneuriat de subsistance VS entrepreneuriat de croissance.

Afin de sortir de ce dilemme, il sera primordial de travailler à l’émergence et la vulgarisation de l’entrepreneuriat de croissance par opposition à l’entrepreneuriat de subsistance.

En effet, il s’agit de permettre aux petits entrepreneurs et auto-entrepreneurs de créer des activités génératrices de revenus avec une vision sur le long-terme. Il s’agit d’activités dont les revenus ne couvriront pas seulement les besoins quotidiens et qui permettront de sécuriser une manne financière (mensuelle par exemple) plus confortable.

Là où, l’entrepreneuriat le plus répandu au Mali et en Afrique en général est un entrepreneuriat de subsistance basé sur des activités génératrices de revenus immédiats mais sans aucune garantie sur le long-terme ni marge permettant de se projeter ou de faire face à des imprévus (comme la crise actuelle)

Pour cela, il faut accompagner, former, et outiller les primo-entrepreneurs et les auto-entrepreneurs actuels à la mise en place de stratégie pour développer une activité stable, rentable et profitable. De plus, un effort colossal devra être réalisé pour vulgariser les outils de l’entrepreneuriat d’abord par leur diffusion à grande échelle, ensuite par leur déclinaison en « français facile » puis en langues locales et enfin par leur enseignement pendant le cursus scolaire.

Entre le marteau, l’enclume et aujourd’hui le virus

Car ce qui est en jeu aujourd’hui c’est aussi l’avenir de la société malienne, de son système et de son économie post-crise Covid19. Car ne l’oublions pas, le pays était déjà entre le marteau de la crise sécuritaire et l’enclume de la pauvreté et aujourd’hui son système sanitaire et social peu robuste sera encore plus ébranlé par l’épidémie (comme cela en a été le cas pour de nombreux Etats).

C’est le moment pour nous de penser le modèle économique et social performant, équitable et inclusif dont le Mali a besoin.

Restons optimistes et constructifs et surtout voyons au-delà de ces moments troubles pour commencer à préparer « l’après » car nous devrons et allons ressortir plus fort de cette tempête.

« Un optimiste sait qu’il n’est pas à l’abri de la tempête mais il est convaincu qu’aucune tempête ne pourra le submerger »

Prenez soin de vous et de vos proches.

Diallo Néné Keïta Fondatrice de YeleenMa Consulting